L'histoire

Les propriétaires cherchaient un havre où se ressourcer loin d'une vie professionnelle active. Habitués aux raffinements de l'amérique citadine, ils souhaitaient un lieu de vacances à la fois rustique et ouvert sur le monde. Ayant rencontré Nicole de Vésian et admiré son jardin, ils la persuadèrent de prendre en main leur propre jardin, lequel fut réalisé, miraculeusement, en trois ans. Face à un nouveau projet, Nicole de Vésian prenait toujours pour point de départ un trait existant. Ses idées lui venaient sur le terrain. " Je ne dessine pas, je ne compte pas", disait-elle. Son sens des proportions, des volumes, des surfaces, des textures et des tonalités était hors pair, mais elle composait chaque détail comme un tout. Elle transformait à son idée ce qu'elle trouvait sur place, le développait, lui donnait de l'ampleur.

Dans ce jardin, sa première inspiration naquit d'un groupe de cyprès fusant au sommet du coteau, dans un jardinet du village, comme en réponse à une autre flèche sombre au loin. Cette ligne lui fournit un "point de rebond" à partir duquel elle imagina une descente en zigzag de terrasse en terrasse, descente ponctuée, à chaque point fort, de nouveaux groupes de cyprès. Ainsi s'esquissa ce qu'elle appelait "L'épine dorsale" du jardin. Les abords de la maison et le haut de la pente furent aménagés en premier, puis le centre du terrain, d'abord laissé tel, s'emplit progressivement. La composition finale comporte deux sections principales : l'entourage de la maison, vaste zone engazonnée qui reste civilisée, de facture en partie régulière ; et le coteau, rustique et à demi sauvage, avec son labyrinthe de murs de pierre soutenant d'étroites terrasses.
Créer un jardin de cette manière implique une présence permanente. Bien qu'alors âgée de près de quatre-vingts ans et se déplaçant surtout sur des béquilles, Nicole de Vésian gravissait chaque jour le coteau pour examiner l'évolution des perspectives et les effets produits.
Mais comme elle improvisait sur place et qu'elle était perfectionniste à l'extrême, elle ne cessait de les enjoindre de déplacer ceci, cela. Pour les convaincre, elle faisait appel à leur fierté professionnelle. Le jour où elle rapporta un fragment de colonne grecque, c'est Roger, le gardien du domaine, qu'elle chargea de trouver des dalles pour lui faire un piédestal. C'est aussi Roger qui a fabriqué les mains courantes et les portillons de bois brut, et c'est son fils qui a réalisé les portails en fer forgé, sur des plans de Nicole de Vésian.
Les propriétaires appréciaient les matériaux simples choisis par Nicole de Vésian. Ici, l'atmosphère naît d'éléments familiers : outils, plantes, procédés typiquement provençaux - rien de recherché, rien de sophistiqué, mais rien non plus de banal.

En bref:

Avant de devenir le jardin d'aujourd'hui, ce coteau avait tout un passé. Au XIIème siècle, ses terrasses accueillaient sans doute nombre de vergers et potagers au pied des hauts remparts déjà campés sur la crête.

Plus tard, lorsque le village a essaimé sur la pente, le coteau est devenu îlot de cultures au milieu des habitations. Plus récemment, la maison actuelle a été un restaurant animé, tandis que ronces et broussailles reprenaient les terres alentour.